Lors de la dernière AG départementale de L’APRÈS 44, j’ai fait une intervention sur la question de l’attitude à avoir vis-à-vis du développement des guerres en Europe et dans le monde entier, et vis-à-vis de la question de la relance de la course aux armements.
En préalable une conviction qui est à la base de nos engagements : nous femmes et hommes de gauche sommes des artisans partisans de la paix et haïssons la guerre.
Aujourd’hui des citations qui sont souvent reprises actuellement. Par exemple « on croit mourir pour la patrie on meurt pour des industriels » (Anatole France) ou bien « le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage » (Jean Jaurès) ou bien encore « les guerres ce sont des gens qui ne se connaissent pas et qui s’entretuent parce que d’autres gens qui se connaissent très bien ne parviennent pas à se mettre d’accord » (Paul Valéry).
Ces citations font souvent référence à la guerre de 1914, elles gardent une grande part de vérité mais elles aussi sont historiquement datées. 14-18, c’est un combat entre 2 impérialismes. Les socialiste de l’époque (au moins les ailes gauches des partis sociaux-démocrates) ont refusé cette guerre inter impérialiste. Ce positionnement était-il encore d’actualité au moment de la 2e guerre mondiale ? est-ce qu’on pouvait mettre un trait d’égalité entre l’impérialisme nazi et les impérialismes anglais et américain ? certainement pas ! En fait toutes les guerres ne sont pas identiques. Il est admis dans le droit international, et c’est tant mieux, qu’un peuple opprimé a le droit de se battre de résister y compris par la lutte armée (*).
J’ai eu envie de revenir sur cette question moi qui suis syndiqué à la CGT après la lecture d’une résolution adoptée par l’union départementale CGT de Loire-Atlantique intitulée «internationalisme et guerre à la guerre ». Ce texte se terminait par ces quelques lignes « nous réaffirmons que les guerres sont la souffrance des peuples pour des intérêts capitalistes et nous affirmons que la meilleure des protections la meilleure des défenses reste la solidarité entre les peuples et l’abolition du capitalisme qui utilise tous les moyens y compris la guerre pour ses seuls profits ». Cette conclusion est juste mais elle me semble trop générale pour répondre à des situations très concrètes. Bien sûr si nous renversions le capitalisme, de très nombreux conflits armés disparaîtraient. Mais dans ce texte de l’Union départementale CGT 44, à aucun moment il n’est fait mention de l’Ukraine. Est-ce que le peuple ukrainien, oui ou non, a le droit de se défendre alors qu’il subit l’agression de l’impérialisme russe et que les troupes de Poutine occupent 1/3 de ce pays qu’est l’Ukraine ? Je réponds oui bien sûr, alors que d’autres se contentent de dire « cessez-le-feu », faisant un trait d’égalité entre Zelensky et Poutine, entre le peuple ukrainien qui majoritairement résiste et l’impérialisme russe.
« Guerre à la guerre » ne suffit plus
Nous ne pouvons pas faire comme si il n’y avait aucune menace de l’impérialisme russe en Europe, comme s’il n’y avait pas un axe d’extrême-droite Trump-Poutine dangereux pour les peuples des pays européens, d’autant qu’ils ont des alliés au sein même de pays européens.
Il y a évidemment une difficulté pour un syndicat, de même que pour un parti de gauche à poser les questions de défense y compris militaire pourtant toutes les forces progressistes devraient se les poser car « un vrai gouvernement des travailleurs » ne pourra pas esquiver cette question. Y répondre n’est évidemment pas simple, car il n’est pas question de sombrer dans le militarisme, ni d’accepter une austérité pour les budgets sociaux. Mais à l’heure où la sortie de l’OTAN est à nouveau d’actualité, il serait dommage de ne pas reprendre la réflexion sur ces questions.
Quelle défense nationale ? Quelle défense européenne ? quel contrôle des travailleuses et des travailleurs sur l’armée ? quelle participation de la population à la défense du pays ? quel type d’armement développer ? est-ce que c’est vraiment d’un porte-avions dont la France a besoin, je ne crois pas, mais s’en tenir à des déclarations pacifistes ne suffit pas, ne suffit plus.
Depuis notre AG, le débat sur la construction d’un porte-avions nucléaire dans notre département (y compris avec un agrandissement de l’entreprise Naval group à Indret qui nécessiterait une modification du PLUM) est venu sur le devant de l’actualité locale. Il me semble que deux sujets sont à distinguer, celui du nucléaire et celui de la « paix ».
Pour ma part, je suis pour le désarmement nucléaire comme le propose de longue date Initiatives pour le désarmement nucléaire (https://www.idn-france.org/) et pour la sortie du nucléaire civil (contre la construction des nouveaux EPR par exemple).
Je ne suis pas un spécialiste des navires à propulsion nucléaire, le seul « avantage » c’est de ne pas avoir besoin de ravitaillement en carburant. Pour un sous-marin, c’est semble-t-il de rester en mer plusieurs mois sans refaire surface et pour un porte-avions nucléaire c’est de pouvoir naviguer 10 ans sans recharger son combustible. Le nucléaire est-il alors absolument nécessaire ? !
D’autant que la question principale, selon moi, c’est de débattre de quels moyens de défense du territoire national et européen nous avons besoin ? Le conflit ukrainien est (malheureusement) instructif sur les évolutions en cours dans le domaine militaire. Pas certain qu’un nouveau porte-avions soit la priorité, surtout si une France vraiment socialiste abandonnait toute volonté impérialiste d’intervenir dans le monde entier.
(*) La résolution des Nations Unies 2621 XXV du 12 décembre 1970 indique par exemple : « le droit inhérent des peuples coloniaux de lutter par tous les moyens nécessaires contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance ». « Par tous les moyens nécessaires » veut dire y compris la lutte armée. « Par tous les moyens nécessaires » ne justifie pas l’assassinat de civils qui reste un crime de guerre.
