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  1. S’unir sur un programme partagé

    Écrit le 6 avril 2026 par Éric Thouzeau

    Nous avons été nombreuses et nombreux à répondre à l’appel de Bally Bagayoko, le maire LFI de Saint Denis, victime d’une campagne abjecte de racisme par C News et autre Zemmour. C’est la preuve éclatante que lorsqu’on appelle à se mobiliser sans sectarisme et sans exclusive, le « peuple » de gauche répond présent.

    La situation mondiale est toujours aussi sombre, avec une extrême-droite au pouvoir aux USA, en Russie et en Israël avec des conséquences funestes : la loi du plus fort devient la règle, entrainant le monde dans des guerres sans fin. La Russie poursuit son agression impérialiste contre le peuple ukrainien, les États-Unis et Israël mènent un conflit contre l’Iran qui n’a aucunement pour but de libérer le peuple iranien de la dictature des mollahs et le sud du Liban  est menacé d’être rasé comme Gaza.

    A gauche, nul ne peut gagner seul

    Dans ce contexte international, comment se résigner à ce que dans un an en France la victoire de l’extrême-droite puisse être considérée comme le scénario le plus probable ? Comment accepter que les divisions de la gauche conduisent encore à son absence du deuxième tour des présidentielles ? Et au risque d’une Assemblée nationale dominée par la droite et l’extrême-droite. Il nous reste un an, il n’est pas encore trop tard pour inverser ces scénarios catastrophes.

    Tirons un bilan précis et honnête des élections municipales. Les listes de rassemblement de la gauche font en règle générale des résultats supérieurs aux listes non-unitaires. Et au deuxième tour, le rassemblement de toute la gauche s’il n’a pas été suffisant dans certains cas pour gagner, il a permis dans d’autres de garder des villes à gauche. La seule leçon véritable de cette séquence électorale c’est qu’à gauche, nul ne peut gagner seul.

    Donner un contenu à l’unité

    Toutes les enquêtes d’opinion le confirment. Une candidature commune de la gauche et des écologistes est toujours plébiscitée par trois-quarts des électrices et électeurs de gauche. Il nous faut répondre à cette exigence d’unité, ce que nous faisons avec la primaire comme méthode pour y arriver. Mais cela ne suffira pas à gagner en 2027 tant le nombre est grand de celles et ceux qui ne croient plus que la politique puisse améliorer leur quotidien.

    Une fois de plus, il nous faut mettre la question sociale au cœur de notre démarche. Plus que jamais, la hausse des salaires dont celle du SMIC est essentielle. Dans l’immédiat le blocage des prix des carburants est nécessaire avec son corollaire faire payer les groupes qui s’enrichissent à chaque crise (en premier lieu Total qui vient de faire un profit de un milliard en un mois). Aujourd’hui, les tensions sur les prix et l’approvisionnement en énergies fossiles justifient le développement massif des énergies renouvelables. Fin du mois et fin du monde sont étroitement liées.

    Un programme commun, des mesures d’urgence

    Nous voulons que l’ensemble des candidates et candidats de gauche à l’élection présidentielle s’engagent sur un projet commun. En 2022 et 2024 nous avons su nous rassembler. Pourquoi pas aujourd’hui ? Ne laissons pas remettre au goût du jour la théorie des deux gauches irréconciliables. Ne laissons pas les uns et les autres, à LFI comme au PS,  croire qu’ils pourront imposer un ralliement des autres formations de gauche à  leur candidat.

    L’élection présidentielle mérite de se mettre dès à présent au travail pour mettre en avant une série de mesures  d’urgence que devrait prendre un gouvernement de gauche (avec évidemment l’abrogation définitive de la réforme Borne des retraites, de nouvelles conquêtes sociales comme par exemple la 6ème semaine de congés payés, le 100% sécu avec intégration des mutuelles pour un 100% santé garanti à toutes et tous, des mesures pour l’hôpital et l’éducation nationale…). On sait que les moyens existent avec une réforme fiscale (et la taxe Zucman), une mise à plat des aides publiques sans contrepartie….

    La mise au point d’un contrat de législature est devenu une urgence. Il est grand temps que s’engagent ces discussions en haut et en bas pour que jeunes, salarié.e.s et retraité.e.s y participent pleinement.


  2. Tous ensemble, tous ensemble

    Écrit le 30 octobre 2025 par Éric Thouzeau

    Retour sur les grèves de novembre-décembre 1995

    J’ai écrit cet article pour le numéro de novembre de la revue Démocratie&Socialisme à propos du 30ème anniversaire des grèves de novembre-décembre 1995. J’ai évidemment utilisé le travail que j’ai effectué il y a quelques mois pour écrire un ouvrage centré sur la grève à la SNCF à Nantes (disponible au Centre d’histoire du travail).

    Il y a trente ans, le pays se mobilisait aux cris de « Tous ensemble, tous ensemble » (à l’origine scandé par les supporters de matchs de football). Cela fut le plus grand mouvement de grèves et de manifestations depuis 1968. Le plan Juppé, mais aussi le contrat de plan État-SNCF ont été les deux ingrédients d’une des dernières grèves d’ampleur nationale à avoir fait reculer (au moins partiellement) un gouvernement en France.

    Le contexte

    Le patronat français n’a jamais accepté une Sécurité sociale basée sur des cotisations, et gérée par les représentants des salariés. Depuis les ordonnances gaullistes de 1967, toutes les droites ont cherché à étatiser la Sécu. Le plan Juppé a accéléré ce mouvement, en affaiblissant encore le rôle des syndicats dans sa gestion. Juppé a voulu en profiter pour attaquer la retraite des fonctionnaires (allongement de la durée de cotisations de 37,5 à 40 années ) et pour supprimer les régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF-GDF…).

    En mai 1995, Jacques Chirac a été élu sur la réduction de la « fracture sociale ». Pourtant le 26 octobre suivant il explique qu’il a « sous-estimé l’ampleur des déficits ».et annonce vouloir réduire ces déficits « pour qualifier la France pour la monnaie unique européenne ». Dans ce contexte le plan Juppé est présenté le 15 novembre à l’Assemblée nationale pour réduire le soi-disant « déficit » de la Sécurité sociale. Applaudi par une majorité de députés, ce plan est très vite rejeté dans l’opinion publique.

    Parallèlement, l’État préparait un contrat de plan État-SNCF. La priorité mise en avant est de réduire le déficit de l’entreprise publique de chemins de fer (dû notamment aux investissements dans les lignes nouvelles depuis les années 70-80). On parle d’une suppression possible de 6000 kilomètres de ligne !

    Dès le mois d’octobre, l’agitation commence dans les facultés. Souvenons-nous qu’en 1994, la jeunesse avait eu la peau du Contrat d’insertion professionnelle (CIP), un contrat pour les moins de 26 ans, mais rémunéré à 80 % du SMIC. En 1995, cette fois c’est le manque de moyens pour les facs qui est dénoncé.

    Le gel des salaires dans la fonction publique et dans le secteur public alimente le mécontentement.

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  3. Georges Martel (1945-2025)

    Écrit le 10 septembre 2025 par Éric Thouzeau

    Notre ami et camarade Georges Martel est décédé le 27 août dernier, à l’âge de 80 ans. Un grand militant vient de nous quitter, fidèle toute sa vie à l’idéal de la République laïque et sociale. Voici l’article que j’ai écrit en sa mémoire et qui a été publié dans la revue de septembre 2025 de la revue de L’APRES, Démocratie&Socialisme.

    Georges Martel est né en janvier 1945 dans un village près de Château-Chinon ; sa mère y tenait « un café-épicerie-bazar où se retrouvaient les gens de gauche ». À 18 ans, après des études à Nevers, Georges monte à Paris pour se faire embaucher au Crédit lyonnais. De retour de son service militaire, il est élu délégué CGT du personnel et devient permanent syndical dans sa banque. À côté de son bureau, il y avait celui de la permanente de Force Ouvrière, une certaine Arlette Laguiller, aimait-il à rappeler.

    C’est à la faveur de l’occupation des locaux du Crédit lyonnais, en mai 1968, que Georges Martel décide d’adhérer à la SFIO. En tant que délégué d’entreprise, il participera au congrès d’Épinay, fondateur du Parti socialiste, en 1971. Il devient l’un des animateurs d’un des courants de gauche du PS, celui de Jean Poperen. Par la suite, Georges siégea à différentes reprises au Conseil national du PS et fut vice-président de sa Commission nationale des conflits.

    C’est Lionel Jospin qui est venu le chercher, après la victoire de mai 1981, pour qu’il travaille au siège du PS, à Solférino. Il devint alors délégué général aux entreprises pour y développer l’implantation du parti. L’expérience syndicale de Georges lui a permis de participer activement à la rédaction de la convention collectives des permanents du PS.

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  4. Une histoire des socialistes du Jura suisse

    Écrit le 30 juin 2025 par Éric Thouzeau

    A l’occasion des 50 ans du PS jurassien, mon ami et camarade suisse Jean-Claude Rennwald a rassemblé différents textes dans un livre  : « PS jurassien, 50 ans au service de la solidarité ». Malgré des réalités nationales différentes, nous lirons avec intérêt cette histoire d’un parti de la gauche européenne. Article paru dans le numéro de juillet-août 2025 de la revue de L’APRÈS.

    Journaliste, politologue, ancien dirigeant syndical et ancien député socialiste au Conseil national (parlement suisse), Jean-Claude Rennwald est un contributeur régulier de notre revue. C’est aussi un aussi bon connaisseur de la vie politique et sociale de la France que de son pays. Nous avons rendu compte de plusieurs de ses livres, dont celui sur la semaine de 4 jours.

    Mise en avant de la question jurassienne…

    Au cours du XIXè siècle, le Jura a réussi à conserver sa langue et sa culture française malgré le centralisme bernois. Si un Parti socialiste jurassien existait au début du 20 ème siècle dans le cadre du canton de Berne, c’est en mai 1975 que le nouveau  Parti socialiste jurassien (PSJ), totalement autonome, est créé. La question jurassienne est l’objet d’un des chapitres du livre. C’est une histoire   méconnue en France.

    Très tôt en Suisse, des socialistes ont milité pour une autonomie du Jura. En 1974, un « comité d’action socialiste pour l’autonomie et l’unité du Jura » apparaît avec pour objectif la création d’un nouveau canton. C’est ce qui amena à la fondation du PSJ, et la fin des relations officielles avec le PS bernois. Cela aboutira à la création d’un nouveau canton de la Confédération helvétique, dénommé officiellement « la République et Canton du Jura », situé au nord-ouest de la Suisse, bordé par le Haut-Rhin, le Territoire de Belfort et le Doubs.

    Question nationale et question sociale, un vieux débat récurrent au sein du mouvement ouvrier et de la gauche. Il a entraîné des débats parmi les socialistes suisses. Jean-Claude Rennwald et ses amis ont fait le choix dans les années 70 de cette autonomie jurassienne. Mais petit à petit « le clivage de classe (gauche-droite) s’est progressivement substitué à l’antagonisme entre autonomistes et anti-séparatistes ».

    …sans oublier la question sociale

    En 1975, lors de sa fondation, le PSJ adopte une déclaration fondamentale qui stipule « le PSJ entend insérer son action dans une stratégie de rupture avec le capitalisme ». Aujourd’hui première force politique du Jura sur le plan fédéral, le PSJ recueille entre 18 et 22% des suffrages au parlement jurassien. Le PSJ participe activement à des initiatives (lors de référendums) par exemple en 2013 « un Jura aux salaires décents », ou en 2021 en soutenant l’initiative syndicale « Egalité salariale, concrétisons ». C’est dans le Jura, que l’initiative syndicale en faveur « d’une 13e rente AVS (*) » fait le meilleur score. Comme la plupart des PS de Suisse romande, le PS jurassien est proche des syndicats, ce qui est moins le cas en Suisse alémanique.

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  5. Contre la droite et l’extrême droite, front unique de toute la gauche !

    Écrit le 12 mai 2025 par Éric Thouzeau

    Cet article a été écrit pour l’éditorial de la revue de L’APRÈS, Démocratie&Socialisme (mai 25).

    À trop regarder les réseaux sociaux, on pourrait croire qu’à gauche, il y a plus d’adversaires au sein du NFP que dans le camp d’en face. La droite et l’extrême droite sont à l’offensive ; ce n’est vraiment pas le moment de concentrer ses attaques contre tel ou tel, qu’il s’agisse des socialistes, des insoumis, des écologistes, des communistes ou des unitaires.

    Construisons le salut commun

    Il est temps de prendre conscience qu’il y a pril en la demeure. Car parler de trahison pour les uns ou les autres, commenter assidûment les petites phrases de part et d’autre, semer le doute ne font que creuser la division. Nos adversaires sont à droite et à l’extrême droite. C’est contre eux qu’il faut diriger les coups. C’est contre eux qu’il faut avancer nos propositions alternatives issues du programme du NFP. C’est contre eux qu’il faut construire un front unique, un front unifié, une équipe pour gagner.

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