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Une urgence, augmenter les salaires !

Écrit le 31 août 2026 par Éric Thouzeau

Je reproduis ici un article que j’ai écrit pour le numéro de septembre de Démocratie&Socialisme, la revue de L’Alliance pour la République et sociale (L’APRÈS).

Les études d’opinion confirment ce que tout syndicaliste sait : les rémunérations sont la préoccupation principale des salarié.es, et pour les retraité.es le montant des pensions. Les salaires sont toujours l’expression du rapport de forces entre Capital et Travail.

Depuis plus d’une trentaine d’années, le néo-libéralisme a imposé une pression permanente sur les salaires, pour permettre l’accroissement des profits. Près de 90 % de la population active1 est salariée. Le salaire net mensuel médian dans le secteur privé s’élève à 2 190 euros net pour un temps plein (Insee, 2024)2 : la moitié des femmes et des hommes en emploi à temps plein touchent moins, l’autre moitié davantage. 10 % des salariés à temps plein touchent moins de 1 500 euros net par mois.

La vérité des salaires

On entre dans le 1 % des plus hauts salaires à partir de 10 000 euros. Mais 90 % des salariés gagnent en réalité moins de 3 600 euros net par mois (sans correction de temps de travail, c’est-à-dire en incluant les temps partiels)3. Ce sont celles et ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre pour vivre, qui produisent les richesses, et qui n’en reçoivent pas la part qu’elles et ils méritent.

Les inégalités salariales concernent bien sûr l’écart entre les plus hauts salaires et les plus bas, mais aussi les écarts entre les hommes et les femmes. Les femmes touchent en moyenne 22 % de moins que les hommes. Cela s’explique par le fait qu’elles occupent 80 % des postes à temps partiel et subissent des interruptions de carrière liées à la parentalité. À temps de travail égal, l’écart baisse à 14 % de moins4.

Les cotisations sociales, les retraites et la Sécurité sociale constituent une conquête salariale que le patronat cherche en permanence à remettre en cause. Le salaire net correspond à l’argent disponible « pour le mois » et « le jour le jour » (remplir le frigo, payer les dépenses immédiates), tandis que le brut représente le salaire « pour la vie » finançant la protection sociale (retraite, santé, chômage)5. C’est pourquoi il faut combattre pied à pied toutes les propositions de la droite et de l’extrême droite (et celle de Raphaël Glucksmann) qui visent à réduire les cotisations sociales en rapprochant le net du brut, sous couvert de redonner du pouvoir d’achat immédiat.

L’urgence sociale commence par l’urgence salariale

Les derniers chiffres connus indiquent une hausse des prix à la consommation de 2,1 % sur un an, des prix de l’énergie de 12,6 %, et des produits alimentaires frais de 3,8 %. Le prix de référence du gaz va augmenter de 5,6 % au 1er septembre pour une majorité de ménages.

Une revendication syndicale est plus que jamais d’actualité : l’indexation des salaires sur les prix. Lorsque les prix augmentent, les salaires devraient augmenter d’autant. Cette « échelle mobile des salaires » a existé jusqu’en 1983 en France dans certains secteurs (et elle est toujours appliquée en Belgique). Ce n’est pas du plus, c’est juste éviter d’avoir du moins.

Outre l’augmentation du Smic à 2200 euros brut (« Gagner 300 euros de plus pour les salarié.es au Smic »), la CGT exige l’augmentation de tous les salaires ; l’Union syndicale Solidaires revendique 400 euros net pour toutes et tous.

Un gouvernement de la gauche et des écologistes devrait prendre des mesures immédiates. L’APRÈS propose de porter le Smic à 2 200 euros brut, soit environ 1 720 euros net.Les conventions collectives devraient être mises à jour en fonction de la hausse du Smic, d’autant plus quand on sait qu’aujourd’hui, près de 80 % des branches ont au moins un de leurs minima en dessous du Smic. Les minima indiciaires de la Fonction publique, les minima sociaux, les allocations chômage et les pensions de retraite doivent également être revalorisés autant que le Smic.

Augmenter tous les salaires et tous les revenus, les indexer sur les prix, c’est avancer vers la justice sociale en prenant directement sur les richesses. L’égalité salariale femmes-hommes est également à notre sens un combat fondamental, au cœur de la question sociale.

Fin du mois, fin du monde

On le répète à l’envi, « fin du mois » et « fin du monde » ne s’opposent pas. Ce sont deux faces d’un même programme d’urgence écologique et sociale. Un ensemble de propositions de transformation sociale basées sur une autre répartition des richesses, et une redistribution des profits qui se sont envolés ces dernières années.

1. Population active : ensemble des personnes ayant un emploi ou au chômage

2. Il s’agit de données pour des équivalents temps pleins (EQTP). En pratique, les personnes à temps partiel ou celles qui n’ont travaillé qu’une partie de l’année touchent moins.

3. 4 300 en EQTP

4. À poste et profil identiques, l’écart se contracte aux alentours de 4 % de différence, ce qui correspond à la part de discrimination « pure » non expliquée par des facteurs objectifs

5. Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, dans L’Humanité, 7 novembre 2024.


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