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Pour des primaires citoyennes de la gauche

Écrit le 31 janvier 2016 par Éric Thouzeau

Motion BJe reproduis ci-dessous un appel que j’ai voté lors de la réunion nationale de la motion B du PS « A gauche pour gagner » qui s’est tenue le 30 janvier. Nous étions plus d’une centaine représentants des différents départements du pays.Que 30% du PS en appelle à des primaires est un évènement important.

Lors de cette réunion, je suis intervenu pour expliquer que, malgré notre opposition à la « monarchie présidentielle » de la 5ème République, les primaires étaient aujourd’hui une des seules possibilités de réouvrir le débat à gauche. La double offensive, néo-libérale symbolisée par Macron et néo-conservatrice avec Valls, met à mal non seulement le Parti socialiste mais toutes les formations de la gauche.

Il n’y a pas de candidat « naturel » de la gauche pour 2017. Il faut mener le débat sur le fond, sur les idées, le projet, le programme. Il est certes de la responsabilité des différents courants politiques de la gauche de soumettre à discussion dans tout le pays des éléments d’une  plateforme pour les présidentielles et comme socle à une future majorité parlementaire. Mais les citoyens doivent pouvoir intervenir et s’emparer de ce débat.

C’est le sens d’un amendement que j’ai présenté au projet d’appel et qui a été intégré. Cette grande respiration, démocratique « doit engager des millions de citoyens dans des débats locaux, dans les quartiers et les villages« .  En France, la régénération de la gauche passe sans doute par là, par cette discussion sur une plateforme commune de la gauche (jusqu’à l’été). Après viendra le temps de la désignation du candidat ou de la candidate (après l’été). E.T.

Appel à des primaires citoyennes de la gauche

Les Français sont disponibles pour un projet optimiste et des horizons constructifs. Les primaires citoyennes sont nécessaires et désirables. C’est la seule voie pour la gauche afin de prévenir le naufrage que nous redoutons lors de l’élection présidentielle de 2017.

La défaillance démocratique nationale, les renoncements accumulés à l’épreuve du pouvoir, et surtout les situations concrètes vécues par des millions de Français rendent périlleuse cette période. Doutes ou révoltes, dépression collective et abstention s’enchaînent: notre pays ne peut se laisser ainsi enfermer et répondre par un repli défensif, sécuritaire et identitaire. La France, c’est bien autre chose, pour nous-mêmes et pour le monde : c’est d’abord une ambition de transformation de la société.

Nous nous réjouissons des initiatives récentes qui plaident pour l’organisation des primaires. Elles sont généreuses et ambitieuses. Elles doivent être entendues et soutenues. Elles font résonner un même cri d’alerte : la démocratie est en grand danger d’appauvrissement. La Vè République est à bout de souffle.

Nous croyons possible un mouvement venu de l’intérieur de notre peuple, balayant les conformismes et l’impuissance. Cette grande respiration est indispensable. Elle doit engager des millions de citoyens dans des débats locaux, dans les quartiers et les villages. Ces primaires pour 2017 sont d’abord les primaires des idées nouvelles. Puis viendra la désignation de notre candidat(e).

Nous appelons notre parti, le Parti socialiste, à s’engager lui aussi et à prendre dès maintenant toute sa part dans l’organisation des primaires citoyennes de la gauche et des écologistes pour l’élection de 2017.

Pour cela, nous avançons les yeux grands ouverts :

  • Nous devons faire l’inventaire de cette période, pour retrouver le courage d’espérer dans des engagements crédibles. Dans ce quinquennat, la gauche s’est fracturée. Des choix opérés dans la solitude du pouvoir ont rompu le fil de nos engagements. Il n’y a pas de candidature automatique en 2017.
  • Les causes communes et les formes politiques se ré inventent en Europe. En France, les combats collectifs sont en panne. Institutions, partis, syndicats : partout, la démocratie doit être réveillée. Les primaires doivent être un grand événement démocratique, comme nos partis ne savent plus en produire. Très majoritairement, les Français s’y déclarent favorables.
  • La multiplication des candidatures face à la droite et à l’extrême-droite, c’est pour la gauche et les écologistes, leur effacement en 2017. Les élections régionales furent un dramatique banc d’essai. Mais cette menace, jointe à la progression du Front National, ne suffira plus à imposer le vote utile. Un intense débat national suivi d’une désignation populaire apportera le remède à l’éclatement et nourrira une puissante dynamique électorale.
  • L’ultime raison se trouve dans nos statuts que nous ne devons pas laisser enterrer(*). Notre loi fondamentale est très claire : les primaires ne sont pas une option, laissée à l’arbitraire, mais une obligation.

Sans retard, le Parti socialiste doit donc en décider. Ne laissons pas à la droite le bénéfice de cet outil citoyen, que nous avons su faire vivre en 2011. Ne laissons pas davantage à quiconque un droit de veto sur nos primaires. Chacun est libre d’y concourir. Mais nul ne saurait les empêcher.

D’ores et déjà, nous décidons de travailler avec tous pour donner un bel élan à cette idée, et pour rassembler les conditions concrètes de réussite de cette belle ambition commune.

Paris, le 30 janvier 2016

(*) : Article 5.3.1 des statuts du PS :
Principes des primaires citoyennes Le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de Primaires citoyennes ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la Gauche et co-organisées par les formations politiques qui souhaitent y participer (…)

Les frondeurs


8 Comments »

  1. Pascal PRIMAULT dit :

    C’est bien.
    J’appartiens aux premiers signataires de cet appel de demande de primaires citoyennes à Gauche et je ne peux donc qu’être satisfait de ce ralliement.
    on observera toutefois les réactions de chacun au sein du Parti-Socialiste car cette organisation possède la culture très « fonctionnariale » du « chef »…Et le « chef », on ne le contredit pas !
    Surtout lorsque des postes d’élus sont en cause.
    N’oublions surtout pas que le Parti-Socialiste est devenu un parti politique d’élus et non plus de militants.
    A suivre donc.

  2. David dit :

    SUR LE PRINCIPE POURQUOI PAS MAIS dans la réalité c’est une autre affaire il faudrait que le Président en place ne se représente pas En plus les gauches sont extrêmement divisées il existe la ligne social démocrate la gauche de rupture et les écologistes qui sont difficiles a classer UN président en campagne pour des primaires me semble impossible il ne sera plus dans sa fonction Présidentiel Cette position ne dit pas mon choix Une seule question un candidat unique de la gauche je ne le pense pas ou alors c’est effacer les différences pour une élection il faut surtout redonner du pouvoir au parlement

  3. Eric CHALMEL dit :

    Je partage pour l’essentiel ton intervention préalable. J’ai voulu poster ma propre intervention sur le mail que tu m’as communiqué, sans succès (il faut abonné…)
    La voici :

    1er février 2016
    Eric Thouzeau m’a demandé d’intervenir sur les primaires de la gauche lancées par l’appel paru dans Libération. Voici une première contribution.

    Je ne suis pas encarté, je suis un citoyen engagé.
    À un an et demi de l’élection présidentielle, j’ai signé l’appel pour des primaires de la gauche. Pourquoi ?
    Certainement pas pour entrer dans un processus de désignation d’un candidat unique de la gauche. Les premières gesticulations qu’on observe depuis quelques jours, autour des « frondeurs » du PS, sur les ruines des mouvements de gauche où plane le fantôme de Mélenchon, avec la démission calculée de Christiane Taubira ou les mondanités Cohn-Bendit-Juppé, montrent que le risque est grand de voir ces primaires s’enliser très rapidement dans un débat de têtes qui ressemble déjà à une mascarade politicienne.
    J’ai signé cet appel parce que je crois que c’est une chance pour les citoyens qui se reconnaissent dans l’appellation non contrôlée « de gauche » de se retrouver et de parler entre eux. Ils ont tant à se dire…
    Depuis combien de temps le « peuple de gauche » n’a-t-il pas eu l’occasion d’un débat clarificateur ?
    Le cycle d’Épinay s’achève dans la décadence, la vacuité, la désespérance des électeurs socialistes. La gauche sociale-démocrate européenne est à réinventer. La bourgeoisie d’État qui s’est emparé depuis près d’un demi siècle de l’appareil socialiste a définitivement réduit à néant toute possibilité d’un idéal à défendre. En accompagnant la tectonique des plaques politiques toujours plus à droite, clairement au service du libéralisme économique, en renonçant un par un aux idéaux humanistes de la gauche, elle a ouvert un vide abyssal sous les pieds de ses électorats traditionnel et potentiel.
    La seule primaire valable est celle de la droite, puisqu’il est probable que le prochain président de la République soit issu de ses rangs. Que risque la gauche à débattre largement et au fond ?
    Sans ce débat le plus large possible, l’élection sera perdue à coup sûr, l’abstention et le vote frontiste progresseront.
    Ma conviction est que ces primaires de gauche sont l’occasion d’états généraux plutôt que de primaires. Avec à la clé un projet global, fût-il minoritaire dans la société française. Un nouveau socle de gauche.
    Un projet, ou plutôt un périmètre « de gauche » à redéfinir, dans lequel il sera possible d’avancer, d’évoluer, d’expérimenter, de confronter, au XXIe et non plus au XIXe siècle, mais sans avoir à renier l’essentiel.
    Un projet sur ses principes fondamentaux et sur une vision partagée a minima par ses électeurs.
    Cela commence par un état des lieux et une mise en perspective. Et par mesurer ce qui reste de points communs entre les différentes sensibilités de gauche, du centre-gauche à l’extrême gauche. De quoi pouvons-nous nous délester, sur quoi ne faut-il pas céder, quelles sont les zones à créer ?
    Par une analyse de l’évolution de notre société et par la façon dont nous entendons la réguler. Le libéralisme « digital » est-il un avenir inéluctable, indépassable ? Les acquis extraordinaire de 36, du CNR, de 81, de 97 sont-ils défendables, dans quelle mesure ?
    Par la redéfinition de l’art politique à l’ère d’une société qui se veut transversale et participative, dans un monde où les nouveaux modes d’information et d’échange sont au cœur de la vie sociale.
    Par la définition d’une idéologie de gauche moderne, qui prennent en compte les mutations ou l’immobilisme institutionnels, à commencer par le rôle de l’Union européenne (défiguré par l’emprise techno-financière et le coup de force de 2005).
    Qu’est-ce que la modernité de gauche face à la modernité « TINA » ? Face à l’ « ubérisation » du monde du travail ? Comment maîtriser le pouvoir financier délirant ? Revenir à une véritable création de richesse ? À son partage ? Qu’est-ce qu’une volonté de croissance dans un monde qui réclame une économie de ses ressources naturelles ?
    Par une redéfinition de notre politique internationale.
    Par une mise en œuvre concrète des nécessaires avancées environnementales.
    Etc.
    Ce grand débat ne peut avoir lieu qu’à une échelle locale, de façon relativement atomisée.
    Le point primordial est celui du mode opératoire. Très compliqué, je l’admets, mais sans doute faisable à l’aune des expériences de démocratie locale menées ici et là, encore balbutiantes, mais dont il est possible de tirer des premiers enseignements techniques.
    Il n’est pas envisageable qu’il prenne la forme d’une conférence-débat où quelques vedettes médiatiques trôneraient à la tribune. Pas de tribune : y compris la configuration physique et virtuelle du débat est importante.
    La question de la participation des « politiques », ès qualité, se pose. L’égalité de la parole est essentielle à mes yeux : tous « sous le niveau ».
    Enfin, la restitution de ces débats, dans un calendrier précis et sous une forme accessible par le plus grand nombre doit être considérée comme la base de la seconde phase éventuelle d’une sélection d’un candidat ou d’une candidate à l’élection présidentielle, ainsi que de son mandat.
    Est-ce possible ?
    Dans ce cadre, je suis prêt, dans la limite de mes compétences et de mes envies, en tant que citoyen non encore résigné, à participer au débat.
    Eric Chalmel (Nantes)

    • Berthiau Maurice dit :

      Mon cher Eric, ou plutôt, mes chers Erics,
      Il n’y a pas si longtemps puisque c’était du 29 août au 6 décembre 2014, tous les socialistes étaient invités à participer aux Etats Généraux, c’était : les «100 jours pour nous réinventer» !
      La démarche était généreuse, les outils étaient en place, chacun pouvait contribuer à sa manière. Le résultat ? disparu, avalé, phagocyté, … l’idée et l’outil étaient parfaits. Seule l’exploitation du résultat fut décevante. Il suffirait de presque rien, de se remettre autour de ce logiciel qui permettait de partager les contributions, de s’entendre ensuite sur quelques citoyens aptes à en faire un compte rendu, et voilà, des mois de débats constructifs s’ouvrent devant nous. Mais cela pourrait surement remettre en cause quelques situations acquises…

  4. FRADET dit :

    pour avoir été cocu une première fois , je suis très réservé sur des primaires car cela ne me parait pas sérieux compte tenu du regard des citoyens de gauche sur l’état de non crédibilité des politiques et plus particulièrement du PS
    c’est surement pas un casting de plus qui apportera un retour vers les valeurs de gauches
    mais surement que ces primaires désignera un PS qui nous jurera que le changement c’est avec lui et maintenant ?
    bien triste tout ce cirque alors que la démocratie est en danger
    salut

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