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Qualité de l’eau : des choix urgents

Écrit le 23 juin 2017 par Éric Thouzeau

Etre constructif cela n’est pas, pour moi, contradictoire avec le fait d’être dans une opposition franche, nette et sans concession à la majorité régionale de Bruno Retailleau, ou dans une opposition tout aussi déterminée au plan national par rapport à la majorité néo-libérale d’Emmanuel Macron. Dans mon intervention sur la qualité de l’eau dans notre région, lors de la dernière session du Conseil régional, j’ai essayé d’être « constructif » (expression dans l’air du temps politique). Mal m’en a pris ! La droite régionale s’est aussitôt offusquée pour défendre la profession agricole que j’aurais injustement mise en cause. Je reproduis ci-dessous mon intervention, et vous pourrez en juger par vous-mêmes.

L’agence de l’eau a publié en 2015 un « Etat des lieux de la qualité de l’eau »préoccupant pour notre Région : seulement 11% de ses cours d’eau sont en bon état écologique (1). Ce chiffre est bien éloigné de l’objectif régional de 37% des eaux en bonne santé à l’horizon 2021 (66% pour les cours d’eau à l’échelle nationale).

Le mauvais état écologique des cours d’eau de notre Région a été longtemps caché par celui de la Bretagne (2). Il n’est plus possible d’ignorer la réalité régionale.  D’autant plus que nous sommes une région où 60 à 70% de l’approvisionnement en eau potable se fait principalement à partir des cours d’eau et non des nappes phréatiques. Il n’est pas constaté d’évolution significative de la qualité depuis 2007. Est-ce que ce qui a déjà été entrepris, notamment depuis 2005 avec les Contrats régionaux de basin versant (CRBV) (3) a été inutile ? Non bien sûr. On peut penser que la situation aurait été encore plus grave.

Il faut aussi retenir que les critères retenus pour apprécier la qualité de l’eau sont aujourd’hui plus restrictifs qu’il y a quelques années. Les règles d’évaluation sont basées sur le principe de l’élément déclassant : un seul élément de qualité en état moins que bon conduira de facto à un état écologique moins que bon. Et si l’Agence de l’eau note une stabilité globale de la qualité des eaux depuis 2007, il faut savoir que l’historique de l’évaluation de l’état écologique est court (moins de 10 ans) au regard du temps nécessaire aux milieux aquatiques pour rendre compte d’une évolution de leur état biologique..

Certains paramètres semblent progresser comme par exemple les phosphates du fait des efforts faits sur la question des stations d’épuration. Pour les nitrates, il faut aussi tenir compte de ce qui est stocké dans les sols depuis longtemps et contamine les eaux pendant des décennies. La qualité de l’eau c’est donc d’abord une question de santé publique. Or on sait maintenant que, par exemple, au plan national 73,3% des pesticides les plus mesurés dans les eaux de surface sont des perturbateurs endocriniens «suspectés» (4).

Des efforts ont été fait par les collectivités locales (zéro-phyto dans la plupart des communes), des campagnes d’information sont aussi menées en direction des particuliers, le nombre d’agriculteurs bio augmente. Mais la question de certaines pratiques de certains agriculteurs ne peut pas être éludée. Je me souviens de cette audition d’un CRBV sur un territoire viticole où les élus de ce territoire ont clairement exprimé le fait qu’il faut « marcher sur des œufs avec la profession viticole » et que beaucoup de ses membres ne semblent toujours pas suffisamment conscients des effets des produits qu’ils utilisent sur la qualité des cours d’eau. On peut aussi parler de l’arboriculture, du maraîchage…Il faut prendre le problème à bras le corps : c’est d’abord une question de santé publique, mais aussi une question économique (coût pour rendre l’eau potable), et qui aura des conséquences à terme sur l’attrait de notre région (au plan touristique par exemple).

Une convention avec l’Agence de l’eau est une bonne chose. L’élaboration d’un plan Life-intégré sur l’eau aussi. Prendre le problème à bras le corps, cela nécessite aussi certainement des crédits régionaux en augmentation. Les CRBV prévoient jusqu’à présent des actions sur les bords des cours d’eau, et de nombreuses parcelles. Ce qu’il faut sans doute aujourd’hui, à partir du diagnostic de l’Agence de l’eau, c’est de cibler des territoires et y engager des actions sur des zones plus importantes. Avec la nécessité d’une action plus résolue en direction des différents secteurs de l’agriculture.

(1) Etat 2013 publié en 2015 ds masses d’eau du bassin Loire-Bretagne

(2) La Bretagne mène des actions depuis près de 25 ans pour améliorer la qualité de l’eau

(3) Suite à l’approbation d’un Schéma d’aménagement et de gestion d el’eau (SAGE) et à la définition des enjeux prioritaires d’un bassin versant, un programme d’actions de 3 ans est validé par la Commission Locale de l’Eau (CLE) et financé par la Région dans le but d’aboutir à une gestion intégrée de la ressource en eau.

(4) Les perturbateurs endocriniens poison dans l’eau du robinet  Libération du 13/07/2017


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