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Après le drame de Toulouse et Montauban

Écrit le 26 mars 2012 par Éric Thouzeau

Voici des extraits d’un article qu’avec mes amis de la revue Démocratie&Socialisme nous avons rédigé après le drame de Montauban et Toulouse.

Le drame atroce de Toulouse et de Montauban a coûté la vie à quatre jeunes hommes et à trois petits enfants. Un autre jeune homme, grièvement blessé, reste entre la vie et la mort.

Des petits enfants tués, on le vit dans notre chair. On a leur regard dans le nôtre. L’image d’un tueur psychopathe qui appuie la gâchette sur la tempe d’un enfant, on ne veut la voir nulle part, encore moins diffusée sans fin à la télé. Ça n’a ni vertu réparatrice ni vertu éducative. Que police et justice fassent leur boulot et répriment, au nom de la société, ce crime odieux !

On méprise tous le meurtrier illuminé, âgé seulement de 23 ans qui a fait ça, en délirant qu’il a « mis la France à genoux » : le rejet massif est instantané et immédiat. À peine si le commentaire d’une telle image est permis (…)

François Hollande et le Parti socialiste se sont comportés, devant cette tragédie, avec toute la retenue nécessaire, tout le respect du aux victimes de ce drame et à leur famille. Prenant le même avion que Dupont-Aignan, Le Pen, pour se rendre à Toulouse puis Montauban, aux obsèques des trois militaires tués, François Hollande a dû subir un protocole, un « placement » selon le tirage au sort effectué par le Conseil constitutionnel, tandis que le « président » sortant se donnait un rôle surjoué de maître des cérémonies(…)

Éviter qu’un drame aussi atroce puisse se répéter

Sarkozy prétend que mettre en cause les institutions ou la société à propos de la tragédie de Toulouse et de Montauban serait « indigne ».

Toutes les questions, au contraire, doivent être posées librement dans le débat public, non pas pour chercher une quelconque « excuse » à Mohamed Merah mais bien pour éviter qu’un drame aussi atroce puisse se répéter.

Il ne s’agit pas d’un commando de terroristes venu d’Arabie Saoudite comme le 11 septembre 2001 à Manhattan mais d’un jeune Français, né et ayant vécu l’essentiel de sa vie en France. Il serait donc irresponsable, comme veut l’imposer Sarkozy, de ne pas s’interroger sur la ghettoïsation des quartiers et des banlieues, sur le chômage qui frappe plus de 50 % de leurs jeunes habitants, sur la désertion des services publics, sur l’école qui ne permet pas de s’en sortir, sur les discriminations à l’embauche, sur la désespérance de tant de jeunes. Il ne s’agit en rien de faire de Mohamed Merah une « victime de la société » qui n’aurait pas eu à répondre de ses actes. Il s’agit, simplement, de tenter de déterminer les causes sociales qui pourraient nourrir de telles dérives, de tels délires et d’agir pour les éradiquer.

C’est en allant vers plus de République comme le propose François Hollande et en particulier vers le retour de la République et de ses services publics (la Poste, l’hôpital public, la police de proximité…) dans les banlieues et les quartiers qu’il sera possible de commencer à remédier à dix ans de politique d’abandon de la droite.

C’est aussi en refusant toute forme de communautarisme et en affirmant avec force la nécessité de la laïcité, telle que l’entendait la loi de 1905. Celle que l’actuel président de la République a bafoué aussitôt élu, en 2007.

L’éditorial du Figaro du 22 mars se permettait, en dépit de toute vraisemblance, de dénoncer « ce communautarisme que la gauche encense » alors que le Parti socialiste a toujours combattu le communautarisme au nom de la citoyenneté et de la laïcité. C’est une accusation à front renversé. Car sans doute l’éditorialiste du Figaro avait-il oublié l’allocution de Nicolas Sarkozy à l’occasion de l’ouverture de la XVème conférence des Ambassadeurs, le 27 août 2007. Allocution dans laquelle il reprenait l’idée nauséabonde du « choc des civilisations » si chère à Georges W. Bush, en déclarant notamment : « La menace d’une confrontation entre l’Islam et l’Occident, nous aurions tort d’en sous-estimer la possibilité ».

Sans doute l’éditorialiste du journal de Serge Dassault avait-il aussi oublié ce que proclamait Nicolas Sarkozy, dans son discours de Latran, le 20 décembre 2007 : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

Nicolas Sarkozy ose se présenter en « rassembleur »

L’homme qui voulait nettoyer les banlieues au karcher, qui stigmatisait les Roms, qui menaçait à Grenoble les « Français d’origine étrangère », qui affirmait que la première préoccupation des Français était la « viande hallal », qui a passé son quinquennat à dresser les habitants de notre pays les uns contre les autres afin de pouvoir gouverner au profit des 1 % des Français les plus riches, ose maintenant se présenter en rassembleur de tous, quelles que soient leurs croyances ou leurs origines !

Comment oublier, pourtant, que son actuel ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, affirmait hier que « toutes les civilisations ne se valent pas » et associait immigration et délinquance ? Comment oublier, également, que le ministre de l’Intérieur qui l’avait précédé, Brice Hortefeux, avait été condamné en première instance pour « injures raciales » et que Nicolas Sarkozy ne l’a jamais désavoué ?

Après le président des riches devenu le « candidat du peuple », après le destructeur de l’emploi industriel devenu le « candidat des ouvriers », Nicolas Sarkozy continue ses métamorphoses à répétition et devient le « candidat protecteur ». Cette ultime métamorphose de Nicolas Sarkozy qui vise à le présenter comme « au-dessus des partis » a un unique objectif : lui éviter de tirer le moindre bilan de son quinquennat et d’avoir à défendre un projet qu’il n’a toujours pas dévoilé.

Personne ne peut faire abstraction des évènements tragiques de Toulouse et Montauban. Ils ne constituent pas une simple parenthèse dans la campagne électorale. Ils doivent être pris en compte et permettre, notamment, de mettre en évidence le fiasco complet de ce qui était pourtant le cheval de bataille du candidat-président : sa politique sécuritaire. Mais ils ne peuvent, à eux-seuls, résumer les enjeux de l’élection présidentielle. Un ultime hommage aux victimes de Toulouse et de Montauban exigerait, au contraire, que le débat démocratique puisse, enfin, avoir lieu et que la République reste la plus forte, qu’on ne manipule pas pareil drame pour tenter de faire oublier les réels enjeux : le chômage de masse, la misère, la précarité, les inégalités sociales.


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