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CHU Nantes : Position de la GDS44

Écrit le 23 avril 2020 par Éric Thouzeau

Je publie ici un texte de la Gauche démocratique et sociale (GDS44) à propos du futur CHU de Nantes.

Transfert du CHU de Nantes

Pour une discussion résolument tournée vers les besoins des patient·e·s

La crise sanitaire que nous traversons aura des répercussions économiques et sociales majeures. Déjà, elle éclaire les choix budgétaires faits depuis des années. Rationalisation, rigueur, optimisation, austérité… Les services publics ont subi de plein fouet les politiques menées dans un pays qui, pourtant, n’avait jamais créé autant de richesses. Le mal est fait, tout s’est fissuré. L’hôpital public est devenu la face visible de la gestion court-termiste à flux tendus et de l’absence de stocks. Déjà en grève depuis des mois pour demander de l’argent pour l’hôpital, des réponses rapides en matière d’augmentation d’effectifs et de revalorisation salariale, les agents hospitaliers, personnels soignants, travaillent d’arrache-pied dans des conditions à peine croyables en France. Manque de personnels, de lits, de médicaments, de masques, de surblouses, manque de tout. Dans ce contexte national, le dossier du transfert du CHU de Nantes, doit faire l’objet d’une discussion résolument tournée vers les besoins des patients. Nous souhaitons que soient mis au débat 5 points :

1. La crise sanitaire doit nous alerter sur la place particulière de l’hôpital dans notre société. Un débat doit s’engager sur les moyens qui y sont dédiés : lits et salles de réanimation ; capacités d’extension ; effectifs et reconnaissance salariale ; organisation de crise. La pandémie met l’accent sur le rôle particulier des services de réanimation au sein de l’hôpital. Nous demandons la revalorisation salariale des personnels qui y travaillent. La crise sanitaire doit aussi nous alerter sur le parent pauvre de la médecine, la psychiatrie. Isolement, angoisses, violences infra-familiales… Le confinement aura des répercussions, parfois lourdes, qu’il faudra accompagner chez les patients ou au sein de structures à dimension plus humaine.

2. La suppression du nombre de lits, tous services confondus, telle qu’elle est envisagée dans le projet de futur CHU, est inquiétante. Le développement de l’hospitalisation à domicile n’est pas une réponse suffisante. Nous demandons que soit adossé au transfert du CHU un plan de création de structures ouvrant des places en maisons de retraite médicalisées, en centres de soins de suite et de réadaptation, en centres d’hébergement et de réinsertion sociale ainsi que dans toutes structures permettant de réaliser des hospitalisations à domicile. Dans ce cadre, l’ouverture à proximité du CHU de Nantes de structures expérimentales de type « pensions de famille » qui incluent le recrutement de personnels dédiés et proposent les mêmes services que les établissements médico-sociaux dans une configuration plus humaine, doit être étudiée.

3. La suppression du nombre d’agents envisagée n’est pas acceptable. Aujourd’hui, déjà, ça craque de partout, les services saturent. Combien d’agents ne prennent pas leurs congés payés faute d’effectifs suffisants, de remplacements en nombre ? C’est d’un plan de recrutements dont l’hôpital public et l’ensemble des établissements sociaux et médico-sociaux ont besoin, sur l’ensemble du territoire. Au-delà d’éventuelles primes promises par le Président de la République à celles et ceux dont il a décrété qu’ils étaient des héros, nous demandons une revalorisation de leur salaire, passant d’abord par le dégel du point d’indice.

4. Le dossier de transfert du CHU ne doit pas éluder le rôle de la médecine de ville dont nous connaissons les limites de son organisation par la seule médecine libérale. Il est évident que la désertification médicale, de nos territoires, qu’ils soient très ruraux ou très urbains, a des répercussions concrètes et accentue l’engorgement de l’hôpital. Les structures de proximité, maisons et centres de santé pluri-professionnels, doivent se développer afin de créer des lieux de prévention et de premiers soins indispensables pour ne pas aggraver certaines maladies ou retarder des prises en charge.

5. Enfin, ce doit être le moment d’une clarification sur les circuits d’approvisionnement en matériel médical mais aussi sur les conditions de réalisation d’un certain nombre de prestations indispensables à la vie de l’hôpital : blanchisserie, repas, accès au téléphone et à la télé pour les patients. La crise sanitaire consolide nos convictions quant à la nécessité de privilégier les circuits courts de production industrielle et alimentaire mais aussi de réinternaliser certains services afin de ne pas être dépendants des contrats passés et de la rigidité de certains prestataires privés.

Rien ne sera complètement comme avant. C’est aussi contre un retour à la routine ordinaire, cadencée par le libéralisme que nous devons nous battre. Il faut rompre avec la tarification à l’activité et l’orthodoxie budgétaire. C’est seulement ainsi que nous placerons les besoins fondamentaux de toutes et tous, comme la santé, au-dessus des intérêts privés de quelques-uns, qui s’enrichissent en regardant mourir l’hôpital.

 


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