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L’habit fait le moine

Écrit le 26 janvier 2016 par Éric Thouzeau

Les droites en FranceLundi dernier, une session du Conseil régional des Pays de la Loire s’est tenue. Puis le soir, c’étaient les voeux de la Région. Je me permets de livrer ici quelques réflexions que m’a inspiré cette journée.

Ainsi Bruno Retailleau va nous imposer à chacun de ses discours, à chacune de ses interventions un exercice digne du parfait étudiant de Sciences-Po avec son florilège de citations littéraires ô combien éclectiques, puisque dans la journée d’hier il a cité Tchékhov, Cocteau, Gramsci, Bernanos, Debray et j’en oublie certainement. L’objectif de cet homme, à l’évidence cultivé, est de casser son image d’homme de la droite dure. Il ne peut pas être sectaire lui qui cite des écrivains aussi divers. Je ne connaissais pas Bruno Retailleau. Mais lorsque je l’entends citer fréquemment Victor Hugo, je ne perçois dans sa voix aucune émotion, celle que l’auteur des Misérables déclenche chez tout lecteur sensible au message social porté par celui qui se battit pour l’amnistie des Communards et fut l’ami de Louise Michel. On peut aussi citer Gramsci, exercice de triangulation déjà fait par Sarkozy, et ne pas dire que ce fut un penseur marxiste loin, très loin de la famille politique des amis de Bruno Retailleau, ce qui lui valut de passer 11 ans dans les prisons mussoliniennes.

Bruno Retailleau, ne l’oublions pas est en campagne électorale… jusqu’en 2017. Comme tous ceux de son camp, pour en finir au plus vite avec la gauche. Mais pas seulement. Il est campagne aussi pour devenir ministre. Ce n’est un mystère pour personne. Légitime ambition diront certains. Soit ! En tous les cas, cela explique qu’il doive modifier son image de villiériste qui lui colle à la peau. Mais, et c’est là qu’il faut lui reconnaître une certain constance, sans changer réellement sur le fond. Plusieurs des ses axes de campagne ont été clairs : soutien aux seuls chrétiens d’Orient, à l’enseignement privé confessionnel (catholique) soi-disant défavorisé par la gauche régionale (et ce au mépris de toute vérité). La présence d’un ecclésiastique en soutane à l’Hôtel de Région lundi soir, lors de la cérémonie des voeux, n’est pas passé inaperçue, pas plus que le salut de Bruno Retailleau à « Monseigneur » lors de son allocution.

Quand, toujours dans ses vœux, Bruno Retailleau revendique le « catholicisme social » comme un des héritages de notre Région, ne pensez-pas à tous ces militants de la JOC, de la JAC-MRJC, de la JEC qui ont fait évoluer l’Ouest à gauche (par leur investissement syndical et politique) et ont rejoint le combat socialiste. Non, Bruno Retailleau se réfère plus certainement à cette doctrine née au XIXe siècle qualifiée de mouvement qui tend « à diriger toutes les initiatives privées, à orienter les lois, les institutions, les mœurs, les revendications civiques vers une réforme fondamentale de la société moderne d’après les principes chrétiens »(*).

La religion, mais n’oublions pas la famille. Les sympathies de Bruno Retailleau pour « La Manif pour tous » sont de notoriété publique. Plusieurs conseillers régionaux s’en réclament ouvertement : au Conseil régional siège maintenant celui qui a été porte-parole pour le Grand Ouest de « La Manif pour tous ». Hier encore en session, Bruno Retailleau a revendiqué le Pass Culture Sport, mais il n’a pas encore dit mot du Pass Contraception. Prudence de son côté, vigilance du nôtre !

Bruno Retailleau prend du temps pour mettre en route le Conseil régional. De nombreuses associations, organismes et institutions n’ont encore eu aucun contact avec la nouvelle majorité. En revanche, petit à petit, l’organigramme des équipes de Bruno Retailleau prend forme. La presse locale a déjà mis l’accent sur les préfets et énarques venus dans le staff régional, militants aux parcours politiques très marqués (entourage de François Fillon, d’Éric Ciotti, ou de Brice Hortefeux). La presse a aussi mis en lumière un conseiller politique de Bruno Retailleau, ancien coordinateur des jeunes du MPF, proche du courant « Droite forte ». Il fut un temps secrétaire général adjoint de l’évêché de Luçon, controversé car, aux dires de certains fidèles vendéens de l’église catholique, trop proche de la droite extrême. Mais nul n’a semble-t-il encore remarqué publiquement la présence, dans le cabinet de Bruno Retailleau, du président du « Cercle national des algérianistes », un homme qui a écrit avec le sulfureux maire de Béziers un livre intitulé « Vive l’Algérie française ». Qui a dit que Bruno Retailleau ne serait pas un homme ouvert ? Ouvert, oui, à toutes les droites !

Au Conseil Régional des Pays de la Loire, toutes les familles de la droite sont donc largement représentées. Droite, droite extrême et extrême-droite y sont majoritaires. Les interventions du chef du groupe FN au Conseil régional sont particulièrement instructives. Il n’a eu de cesse d’attaquer la gauche tout au long des ses nombreuses et très politiques interventions lors de la session de lundi dernier. Et il y a constamment fait des offres de service à Bruno Retailleau. Le pari du chef du FN régional est de supplanter la droite dans ses fiefs ruraux. Les élus de droite sont largement majoritaires dans les territoires ruraux et dans les Conseils départementaux (hormis la Loire-Atlantique). Ces « notables » très conservateurs, par leur immobilisme et leur frilosité, ont très souvent marginalisé et enfoncé dans la crise certains de ces territoires. Bien sûr, pour la droite, ce serait la faute aux grandes villes et donc à la gauche qui les dirige. Le FN entend remplacer les notables de droite dont le crédit décline. On comprend alors l’accent mis par Bruno Retailleau sur la « ruralité » car il sait qu’une bataille pour l’hégémonie politique au sein de la droite y est engagée. Pas sûr que les habitants de ces territoires en sortent gagnants !

Lundi, il n’y avait qu’une seule chose qui intéressait Bruno Retailleau : la question de Notre-Dame-des-Landes, pour fustiger le « laxisme » de la gauche. À noter que s’il condamne (tout comme nous) les exactions perpétrées par certains zadistes, il n’a jamais un mot contre les violences commises lors de manifestations encadrées par ses amis de la FNSEA. La crise du monde agricole est bien réelle. Le modèle libéral-productiviste a atteint ses limites. Le fait que la principale organisation agricole soit dirigée par un industriel, homme d’affaires et non paysan est tout un symbole. Mais de cela, rien dans les discours de Bruno Retailleau. En revanche, il n’a pas hésité à reprendre lors de ses vœux lundi soir la fausse rumeur sur le suicide de trois agriculteurs dans les Côtes d’Armor (**).

Une machine de guerre contre la gauche, voilà ce que construit Bruno Retailleau. Nous devons en être conscients pour ne pas être en position « dominée », pour ne pas subir son propre tempo politique. C’est ce qui explique largement notre refus de soutenir le vœu de Bruno Retailleau sur NDDL. Nous ne tomberons pas dans les pièges qu’il nous tendra à chaque occasion.

(*) Eugène Duthoit (Semaines Sociales de Metz 1919)
(**) La rumeur fausse du suicide de trois agriculteurs 


12 Comments »

  1. PLOQUIN Vincent dit :

    Observation et analyse intéressantes, merci Eric

  2. Francois Prenau dit :

    En accord avec cette analyse de la droite, je pense que la démonstration gagnerait en cohérence si était énoncée une claire position de refus de toute intervention policière à Notre-Dame-des-Landes. Et sur le fond de ce dossier, entre Ségolène Royal et Valls, il faudrait enfin choisir et le dire nettement… Et rejoindre les rangs de celles et ceux qui défendent le maintien et l’optimisation de Nantes Atlantique (intersyndicale 44, CGT, FSU et Solidaires notamment) et refusent le bétonnage du bocage de Notre-Dame-des-Landes,
    amicalement

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