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Manifester pour Gaza

Écrit le 24 juillet 2014 par Éric Thouzeau

palestine-Nilin

Il y a quelques années la fédération du PS44 n’avait pas hésité à manifester contre les bombardements israéliens sur Gaza. De nombreux élus locaux socialistes de Loire-Atlantique se rendent régulièrement en Palestine et constatent de visu l’occupation et la colonisation illégales de la Cisjordanie (en regard du droit international).

Je n’éprouve évidemment aucune sympathie pour le Hamas, comme pour tout mouvement intégriste. Le Quatar et l’Arabie Saoudite, qui soutiennent l’un le Hamas l’autre les Frères musulmans,  sont deux régimes féodaux. Ce sont pourtant deux pays « amis » de la France, avec lesquels ceux qui font des affaires avec eux ne sont pas très regardants sur l’absence de libertés démocratiques (en particulier pour les femmes et les travailleurs immigrés) dans ces deux pays.

Mais dans le conflit israélo-palestinien, la neutralité ne peut pas être de mise. On ne doit jamais mettre sur le même pied opprimés et oppresseurs. L’état israélien mène une politique coloniale d’apartheid vis-à-vis des Palestiniens, ce qui amène de plus en plus de voix à réclamer le boycott d’Israël. Six Prix Nobel de la paix viennent, par exemple, de lancer un appel pour un embargo militaire sur Israël. Par sa politique de négation des droits du peuple palestinien à avoir un état, l’état israélien empêche toute paix durable dans cette région.

Les amis de « Démocratie&Socialisme », revue animée par des militants socialistes « pour l’ancrage à gauche du PS » appellent à participer  à Nantes aux manifestations initiées par l’association France-Palestine Solidarité sur la base de l’appel du Collectif national pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Ci-dessous, les 7 raisons qui pour moi justifient la participation des socialistes à ces manifestations pour exiger l’arrêt des bombardements israéliens dont sont principalement victimes des civils.

1- Refuser que l’on puisse massacrer des enfants, des femmes, des civils innocents

Le dimanche 20 juillet, 502 Palestiniens avaient déjà péri depuis le début de l’opération de punition collective lancée par le gouvernement israélien et près de 3 500 autres avaient été blessés. Selon le bureau de l’ONU chargé des affaires humanitaires, 70 % des victimes sont des civils et 21 % sont des mineurs.

L’offensive aérienne et maritime lancée contre Gaza s’étend maintenant à un assaut terrestre. En 2008-2009, l’opération « Plomb durci », un assaut terrestre elle aussi, avait causé la mort de 1 400 Palestiniens dont plus de 700 civils.

Pendant plusieurs jours, les principaux médias ont minimisé l’ampleur du drame vécu par les Gazaouis. Les morts et les blessés n’avaient ni visage, ni nom, ni prénom, ni âge. Mais petit à petit, la vérité a fini par s’imposer et certains morts et blessés palestiniens ont fini par retrouver un visage.

Les 8 Palestiniens qui, le 9 juillet, regardaient tranquillement la demi-finale de la coupe du monde de football (Argentine–Pays-Bas), dans un café de Khan Younes, pouvaient difficilement passer pour des « terroristes ». Ils ont pourtant été réduits en pièces par un missile israélien.

Quatre personnes handicapées qui vivaient dans un foyer ont, selon l’AFP, été tuées dans le nord de Gaza, le 14 juillet, après un bombardement sans préavis par l’aviation israélienne, 3 autres personnes handicapées ont été gravement brûlées.

Quatre enfants ont été fauchés par un missile sur une plage de Gaza, à quelques centaines de mètres d’hôtels où logeaient des journalistes occidentaux. Le groupe d’enfants se trouvait sur cette plage de pêcheurs pour jouer au football. Un premier missile a tué l’un de ces enfants explique le New York Times. Alors que les autres garçons se mettent à courir, une deuxième frappe atteint le groupe, et en a tué trois autres.

TF1 et France 2 ont filmé l’ignominie à Sderot, une ville israélienne à deux kilomètres de la bande de Gaza : des Israéliens pique-niquant, en assistant au spectacle des bombardements sur Gaza.

L’offensive terrestre a aggravé la violence de l’intervention. Dès le vendredi matin, 30 Palestiniens étaient tués. Parmi eux deux enfants âgés de 4 et 7 ans, ont été tués vendredi par des tirs de chars israéliens. Dans la nord de la bande de Gaza, au moins cinq membres d’une même famille dont des femmes et un enfant ont été tués également. Le dimanche 20 juillet, dans la seule banlieue Est de Gaza (Chayaya), plus de 100 Palestiniens ont été tués dont de nombreuses femmes et de nombreux enfants.

Malgré les appels internationaux à épargner les civils, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a affirmé qu’il était prêt à « élargir » encore son assaut contre la prison à ciel ouvert (quand l’aviation israélienne ne sème pas la mort), que constitue la bande de Gaza.

2 – Ne pas accepter l’hypocrisie qui consiste à renvoyer dos-à-dos le « David » israélien et le « Goliath » palestinien

Israël possède l’une des armées les plus puissantes du monde, munie des armes les plus sophistiquées, dont l’arme nucléaire. Pourtant, cette armée nous est présentée comme le David israélien face au Goliath palestinien et ses centaines de roquettes.

La réalité est tout autre que cette fable : 502 morts d’un côté, pour l’essentiel des civils. 20 morts de l’autre dont 18 soldats.

Les habitants de Gaza n’ont aucun « Dôme de fer » à leur disposition pour protéger leur population. Les « frappes chirurgicales » et autre « riposte graduée » ne sont que des artifices de langage pour dissimuler la punition collective que le gouvernement israélien est en train d’infliger à la population de la bande de Gaza.

Le 16 juillet, au 9e jour des bombardements, l’armée israélienne avait demandé à 100 000 habitants de Gaza d’évacuer leur domicile.

Quelle hypocrisie ! Où pouvaient-ils aller ?

S’enfuir à la nage ? Cela n’aurait même pas été possible puisque que l’aviation et la marine israéliennes organisent le blocus de Gaza.

Franchir la frontière égyptienne ? Seuls les blessés et ceux qui sont de nationalité égyptienne sont autorisés à franchir le seul terminal, celui de Rafah, à la frontière égyptienne.

Aller se réfugier un peu plus loin dans la bande de Gaza ? Mais c’est une des zones les plus peuplée du monde (2 millions de personnes vivant dans la misère, soumis au blocus israélien, entassés dans une bande de 6 à 12 kilomètres de large sur 41 kilomètres de long) et, de toute façon, Israël bombarde tout, sans discernement.

Israël justifie ces attaques par la destruction des bases d’où partent les roquettes qui visent Israël mais qui détruit les bases aériennes, maritimes, terrestres d’où partent les avions, les missiles, les obus, les chars qui tuent les Palestiniens par centaines ?

3 – Refuser que le Président de la République française adopte le point de vue du gouvernement israélien

Dans le communiqué de l’Élysée du 9 juillet, François Hollande n’a pas eu un seul mot pour les victimes palestiniennes, alors que selon l’ONU, l’offensive israélienne avait déjà tué 82 Palestiniens, en grande majorité des civils et un seul Israélien. Après s’être entretenu avec la Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, le Président de la République avait exprimé « la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza ». Il a rappelé qu’il appartenait « au gouvernement israélien de prendre toutes les mesure pour protéger sa population face aux menaces ».

Mais qui protège le peuple palestinien ?

Comment est-il possible que François Hollande ait pu apporter son soutien à un chef gouvernement de la droite dure, dont le ministre des Affaires étrangères est Avigdor Lieberman, dirigeant d’une formation de la droite extrême « Israël Beytenou »  ? Lors de la deuxième intifada, en 2002, Agvidor Lieberman, avait prôné « le bombardement des stations d’essence, banques et centres commerciaux palestiniens » et exigé « le transfert partiel des Arabes israéliens, une communauté de 1,3 million de personnes, vers les territoires palestiniens » [1]. Alors que les transferts de population constituent, aux yeux du droit international, des « crimes contre l’humanité ».

Pouriah Amirshahi, député (PS) des Français de l’étranger pour la zone Maghreb/Moyen-Orient avait aussitôt demandé « Qu’on m’explique où est l’esprit des Lumières lorsqu’on encourage des personnes à la vengeance par tous les moyens possibles ».

Le gouvernement israélien qui cherchait une légitimité pour son offensive militaire et sa politique de représailles qui frappe aveuglément les populations civiles palestiniennes, s’est aussitôt réfugié derrière ce communiqué en affirmant : « Le président français François Hollande m’a donné raison et a même publié un communiqué condamnant les tirs de roquettes ».

François Hollande a fini par déclarer : « La sécurité de toutes les populations civiles doit être assurée et l’escalade doit cesser », mais seulement après les déclarations en ce sens du Secrétaire général de l’ONU.

Il a fallu le début de l’offensive terrestre pour que le président de la République arrête de renvoyer dos-à-dos David et Goliath et appelle l’État hébreux à exercer « la plus grande retenue ».

4 – Ne pas accepter que le monde soit partagé, comme dans les westerns racistes, entre les « bons cow-boys » et les « méchants indiens »

C’est pourtant l’habituelle propagande de l’État d’Israël, pour qui Israël serait « une villa dans la jungle ».

Le site du porte-parole de l’armée israélienne, le 10 juillet, adoptait pleinement ce point de vue en demandant à ceux qui visionnaient ses simulations d’imaginer ce que signifierait la portée des roquettes palestinienne si Gaza était proche de la ville qu’ils habitaient : Londres, Paris, Bruxelles, Lille…

Mais ce site se gardait, bien évidemment, d’inverser ce point de vue en demandant à un habitant de Londres, Paris, Bruxelles, Lille ce que pourrait bien représenter pour lui le fait d’être soumis aux bombardements constants de l’aviation israélienne.

5 – Parce qu’il n’y a aucune solution militaire, ni pour le peuple palestinien, ni pour le peuple israélien

Le gouvernement israélien prenait prétexte de la division des Palestiniens pour ne pas négocier avec les Palestiniens. Mais dès que les Palestiniens ont mis sur pied, le 2 juin, un nouveau gouvernement d’unité, soutenu aussi bien par le Fatah que par le Hamas, Israël l’a aussitôt considéré comme une menace. C’est là la cause fondamentale de l’offensive israélienne qui, comme toutes les offensives, tente de se justifier en se présentant comme une opération défensive.

« Dix jours plus tard, l’enlèvement de trois jeunes Israéliens a donnée lieu à un ratissage de la Cisjordanie qui n’avait pas pour objectif de retrouver ces garçons – on savait dès le lendemain qu’ils avaient été tués. Le but était de faire payer aux Palestiniens le prix à la fois de ces assassinats et de cet accord » écrivait l’historien israélien Zeev Sternhell dans l’Express du 15 juillet.

La fuite en avant du gouvernement israélien est une tragédie pour le peuple palestinien et le peuple israélien.

La solution ne peut être que politique, négociée et organisée autour des résolutions de l’ONU les résolutions 242 et 1515, notamment.

La résolution 242 affirme le principe du retrait des forces israéliennes des territoires occupés lors de la guerre « des six jours » : Gaza, Cisjordanie, Golan, Jérusalem-est…

La résolution 1515 affirme la vision de l’Onu d’« une région dans laquelle deux États, Israël et la Palestine, vivent côte à côte, à l’intérieur de frontières reconnues et sûres »…

6 – Parce que, afin d’agir pour la paix au Moyen-Orient, ce n’est pas en Égypte ou en Isral que devrait se rendre Laurent Fabius, mais à Gaza !

7 – Parce que la liberté de manifestation doit être garantie et protégée dans notre pays.


3 Comments »

  1. Bonjour Eric,
    Ton objectivité t’honore. Je tiens juste à souligner que le Hamas est une création de Sahron, par la suite Israël l’a instrumentalisé pour saboter le processus de paix. Longtemps réservée aux seuls militants palestiniens, la thèse selon laquelle les services secrets israéliens seraient directement à l’origine de la création du Hamas est devenue une réalité. L’historien Zeev Sternhell confirme que c’est Israël qui a créé le Hamas, « en pensant que c’était intelligent de jouer les islamistes contre l’OLP.
    Nous avons été surpris par la prise de position du président de la république, nous avons surtout été outrés par l’arrogance et le mépris de Valls le dernier de la primaire du parti. Nous regrettons notre choix quant à Hollande, il nous a trompé, il a trahi l’espoir que nous avions en le choisissant. Il est clair que c’est le CRIF qui décide de la politique de la France au Moyen Orient et c’est ce même CRIF qui dicte avec la complicité de Valls sa volonté d’interdire les manifestations de soutient à une population palestinienne internée, bombardée, massacrée, dont les enfants payent le plus lourd tribu.
    Cordialement

  2. Alain GUILLOU dit :

    Il y a entre toi et moi
    je ne sais quelle certitude

    Un abîme que bras en croix
    Nous survolons peut-être en rime

    Et le vertige est mon effroi
    Trahir n’est pas mon habitude

    Or je sais comme tu as froid
    Je ne commettrai pas ce crime

    Il y a entre toi et moi
    je ne sais quelle certitude

    Un abîme que bras en croix
    Nous survolons peut-être en rime

    Et le vertige est mon effroi
    Trahir n’est pas mon habitude

    Or je sais comme tu as froid
    Je ne commettrai pas ce crime

    Pas le temps d’attendre au brouillon
    Je me lance à plume perdue

    Au cœur fou de ce tourbillon
    Porter secours comme entendu

    Comme entendu dans ton silence
    Aveux que depuis deux mille ans

    Me semblent réclamer tes yeux
    Je suis bien tard mais je m’y lance

    Tel un oiseau qui monte aux cieux

    Ce que me réclament tes yeux
    Icône le clamant aux cieux

    Ce que tes yeux clament au ciel
    Ôh ciel si pur et mais si cruel

    Oui, un appel à la vraie paix
    Celle qui permet de frapper

    Dans ses mains la rime à danser
    L’amour fou décadenassé *

    *Hommage à Fadwa Barghouti, épouse du prisonnier pacifiste MARWAN BARGHOUTI.

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