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Se battre pour les services publics en milieu rural

Écrit le 8 juin 2017 par Éric Thouzeau

Je suis intervenu sur la question des services publics en milieu rural à Guéméné Penfao lors d’une réunion de soutien au candidat socialiste Gérard Poussin dans la 6ème circonscription. Je reproduis ici l’essentiel de mon intervention.

« Le rural va mal, la gauche l’a abandonné au profit des villes », c’est ce que répète à l’envi la droite régionale. Pourtant la gauche à la tête de la Région ou du Département de Loire-Atlantique a toujours veillé à prioriser les territoires qui en avaient le plus besoin. Qui peut dire que dans notre département, par exemple, les campagnes seraient moins bien dotées en équipements sportifs que les villes ?

Pourtant des territoires ruraux souffrent (tout comme il existe aussi des quartiers urbains en difficulté). Il faut d’abord bien comprendre qu’il n’y a pas une ruralité, mais bien des ruralités aux réalités fort différentes (voir à ce propos la typologie territoriale proposée par la Chambre de Métiers de l’artisanat régionale dans leur étude sur l’économie de proximité.

Signification du vote FN en milieu rural

Le vote en faveur du Front national qui s’est fortement développé en territoire rural ces dernières années est souvent montré comme un des exemples de cette crise en milieu rural. Si le FN est bien un parti d’extrême-droite, tous ses électeurs ne sont pas pour autant des xénophobes et des nostalgiques de l’Algérie française. Leurs votes expriment bien qu’ils se sentent abandonnés, victimes de politiques libérales mises en œuvre depuis plus de 30 ans dans notre pays.

Ce vote ne peut être uniquement analysé à partir de réalités locales, car largement impacté par des problématiques nationales : BFM est dans tous les foyers, et la perception de la question des migrants, par exemple, dépend très peu du nombre de migrants quasi nul dans les communes rurales.

Pour rendre compte du vote FN dans les campagnes, on le corrèle souvent à l’éloignement de la « grande » ville. Il est exact que plus on s’éloigne de la ville, plus le vote FN augmente. C’est vrai jusqu’à 50 km, car au-delà il décroît. Ne serait-ce pas le fait d’une population à la ruralité « contrainte » et non choisie : des habitants obligés de quitter la ville (du fait du coût du logement) mais qui y travaillent quotidiennement ? Pour expliquer le vote FN, il serait peut-être plus pertinent de tenir compte d’autres éléments que le seul éloignement des grands centres urbains : plus le nombre de foyers fiscaux soumis à l’impôt sur le revenu est faible dans une commune, plus le vote FN est fort (*). La question sociale et notamment la question des salaires et de l’emploi est donc plus explicative du vote FN que l’abandon auquel serait voué les territoires ruraux (de la même façon, dans les villes le vote FN est plus fort dans les quartiers que dans les centres). L’appauvrissement d’une partie de la population rurale est donc bien le problème essentiel et la question des services publics est d’autant plus importante que pour nous, gens de gauche, les services publics demeurent le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.

Du service public en général…

Avant de traiter de la question des services publics en milieu rural, un petit retour sur la question des services publics en général.

On peut définir un service public comme une activité d’intérêt général sous le contrôle de la puissance publique (avec plusieurs critères dont l’égalité d’accès : pas de discrimination, tous les citoyens y ont droit). On parle de services publics dans plusieurs domaines : l’ordre et régulation (police, justice…), la protection sociale et le sanitaire, l’éducation et la culture mais aussi de services publics à caractère économique (la Poste, l’électricité…). Depuis Colbert, il y a un rôle important joué par l’État en France qui s’est accru notamment après la Libération et un programme largement inspiré par les syndicats ouvriers et la gauche, celui du Conseil national de la Résistance qui prévoyait « le retour à la nation des grands moyens de production monopoliste, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » (EDF en 1946, Renault en 1945… mais la nationalisation des compagnies de chemin de fer pour créer la SNCF date de 1938 pour faire suppléer à leur faillite).

Depuis plusieurs décennies, les services publics sont la cible des libéraux avec deux critiques majeures : leur soi-disant coût et le fait qu’ils seraient une entrave à la libre concurrence. Avec la libéralisation économique des années 90 et la construction européenne largement dominée par une logique libérale, des services publics sont de plus en plus confiés à des entreprises privées. On parle alors de missions de service public, même pour une entreprise publique comme la SNCF qui n’est pas considéré comme un service public (Grandes Lignes, Fret) mais à qui des missions de service public sont confiées (TER).

Au plan de l’Union Européenne, on parle de « services d’intérêt général » (SIG), c’est-à dire de prestations servies aux administrés par les pouvoirs publics, soit directement, soit par délégation à des tiers et de  « services d’intérêt économique général » (SIEG), sous-catégorie des SIG qui relèvent du secteur marchand. Les traités sur l’Union européenne et sur le fonctionnement de l’Union européenne accordent une place prépondérante au principe de concurrence. C’est pourquoi les rares stipulations traitant des services publics ne se présentent que comme des exceptions à ce principe, envisagées de manière donc restrictive.

…aux services publics en milieu rural

Les ruraux revendiquent de pouvoir disposer d’une offre de services identiques à celle de leurs concitoyens urbains. Quel que soit le service public concerné, les ruraux doivent souvent se battre pour préserver leur existence et maintenir l’attractivité de leurs territoires. D’autant qu’en milieu rural, on peut étendre la notion de service public  à l’ensemble de services rendus à la population qui sont largement menacés (médecins, transport, cantine…). Il y a bien nécessité d’une intervention publique forte.

Une liste non exhaustive de tous ces services peut être établie : l’école élémentaire, le collège, la poste, le médecin,  l’hôpital, la maternité, des petits commerces alimentaires ou épiceries, une bibliothèque, une médiathèque, la gendarmerie… À cela on peut aujourd’hui ajouter la couverture en haut-débit, les opérateurs privés (malgré de nombreuses subventions publiques d’état ou de collectivités) ne se précipitent pas pour couvrir les territoires ruraux !

Une intervention publique d’accompagnement des projets locaux

Une intervention publique est donc indispensable. Il ne s’agit pas seulement d’injecter de l’argent dans ces territoires mais bien d’accompagner des projets locaux. Il faut appuyer des projets locaux en fonction de diagnostics de territoires. Ce qui est valable ici ne l’est pas nécessairement ailleurs : la question des maisons de santé est éclairante. De tels projets doivent être pensés en fonction de projets concrets concertés (population / élus / professionnels de santé) et non comme une réponse passe-partout. .

Sous couvert de « liberté » accordée aux élus locaux, la Région, dirigée aujourd’hui par la droite, ne se contente-te-elle pas de financer une liste de projets portés par les communes sans savoir s’ils correspondent bien à une dynamique territoriale ? Or des élus locaux peuvent se contenter de gérer leur «  paroisse », sans véritable projet intercommunal. Le conservatisme de certains élus locaux, on peut même parler dans certains cas de faillite des « élites rurales », est aussi une des explications des difficultés rencontrées par certains territoires (la gestion conservatrice de Chateaubriant par la famille Hunault en est un exemple bien connu en Loire-Atlantique ).

Un développement bien compris des territoires ruraux ne se limite pas à la question, ô combien importante, des services publics. La culture, par exemple, est aussi un outil de développement local. S’il n’y a pas de culture de droite ou de culture de gauche, il y a en revanche des politiques culturelles qui peuvent être bien différentes. Comment ne pas sourire (ou bien pleurer ?) quand on lit dans un document du Conseil régional Pays de la Loire : « l’engagement a été pris par la Région de favoriser l’accès de tous à la culture, condition d’un réel équilibre territorial. Une illustration concrète en a été la tournée du spectacle « Histoires sacrées » produit par Nantes-Angers Opéra dans 9 communes rurales. » Faire émerger et accompagner des projets locaux, ou « faire venir » la culture (et laquelle ? ) de la ville ?

(*) Il y a aussi une corrélation possible avec le niveau de diplôme (vote FN plus fort chez les moins diplômés), mais en France niveau social et diplôme sont étroitement liés.

 


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