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Le social au cœur et le refus de l’austérité

Écrit le 9 octobre 2012 par Éric Thouzeau

Le 8 octobre, l’Assemblée générale fédérale de présentation des motions s’est tenue à Nantes. J’ai eu le plaisir d’y présenter la motion « Maintenant la gauche, le social au cœur ! ».  Voici la trame de mon intervention

De Reims à Toulouse

De 2008 à 2012, du Congrès de Reims à celui de Toulouse, quel chemin parcouru ! 4 années de débats et de propositions qui ont permis le rassemblement des socialistes et de très belles campagnes et de très belles victoires : primaires, présidentielles, législatives. Sans tout ce travail, le seul rejet de Sarkozy n’aurait pas suffi à en finir avec 10 années de droite.

Pour un Congrès utile :

Notre Congrès doit être utile aux salariés de ce pays, ceux qui ne vivent que de leur travail ou qui aimeraient bien en avoir pour vivre. Il doit être centré sur les préoccupations de nos concitoyens : emploi, salaires, retraites, santé, logement, environnement. Les attentes sont nombreuses. Il y a une urgence sociale !

Ce Congrès doit aussi être utile à notre gouvernement. Il s’agit bien évidemment de le soutenir, mais aussi de l’aider à tenir bon face à tous ceux qui n’ont pas intérêt au changement et qui s’y opposent : la droite, le Medef, la technostructure d’État trop souvent fidèle à la pensée unique.

Pour un Parti qui débatte :

Qu’on se souvienne 1997-2002. On l’a tous dit…après : il n’aurait pas fallu que le Parti se taise, il aurait fallu un Parti qui continue à débattre et proposer. Il ne faut pas refaire les erreurs du passé, et avoir un Parti atone lorsque nous sommes au gouvernement. Il ne faut pas attendre les fuites dans la presse sur les possibles arbitrages entre Bercy et Matignon sur tel ou tel sujet, il nous faut nous saisir de toutes ces questions ! Notre gouvernement prône, et c’est tant mieux, la concertation. Il faut aussi qu’il se concerte avec le Parti socialiste !

On a coutume de dire : un ministre, « ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Mais un militant n’a pas ce genre de contrainte. Un militant, il peut l’ouvrir. Il en a même le devoir ! C’est comme cela aussi que l’on fera réussir la gauche durablement ! D’autant que, et c’est l’avantage de ce Congrès, il n’y a pas dans ce débat de querelle d’égos, pas de problème de leadership. Notre leader, François Hollande, il est à l’Élysée. Et nous l’espérons, tous, pour dix ans ! Il est donc possible de débattre sereinement, dans la clarté, dans la franchise, et confronter nos points de vue tout en assumant un certain nombre de  différences, de divergences politiques. C’est le rôle de tout Congrès !

Le social au cœur, le refus de l’austérité :

Notre pays connaît une croissance quasi-nulle et un chômage de masse. Les plans sociaux pleuvent. La seule question qui doit nous préoccuper, nous militants socialistes, c’est : comment offrir une réponse de gauche à la crise ? C’est tout le débat sur le redressement du pays.

Dans le texte de la motion 1, on peut lire : « la dette, c’est l’ennemie de la gauche ». Non ! La dette, ce n’est ni bien ni mal. Cela dépend de ce que l’on en fait. Le chômage est l’ennemi de la gauche ! Les inégalités sociales sont les ennemies de la gauche ! Et comme l’a si bien dit François Hollande lors du meeting du Bourget, notre véritable adversaire, c’est la finance ! Une finance irresponsable, mais entièrement coupable de la crise actuelle.

Le redressement du pays passe par la relance, pas par la rigueur.  Oui, nous assumons ce débat ! On parle maintenant d’un nécessaire « choc de compétitivité ». Pour nous, cela ne passe pas par la baisse des « cotisations patronales » (j’ai bien dit cotisations et non charges !). Il n’y a pas pour nous de coût du travail, mais un coût du Capital. En 1980, la part des dividendes versés aux actionnaires représentait 3,2 % du PIB, aujourd’hui 9,3 %.  180 milliards de dividendes qui n’ont aucune utilité économique et sociale. C’est ça le coût trop élevé du Capital. Si choc de compétitivité il doit y avoir, cela passe par la hausse des salaires et la relance de l’investissement.

Cela nous amène à la question des 3%, qui se trouve aussi dans la motion 1. Faut-il maintenir l’objectif de ne pas dépasser 3% de déficit public dans notre pays en 2013 avec une croissance inférieure à 1% ? Ce n’est ni prioritaire, ni réaliste ! Cela ne doit pas être le carcan dans lequel sont inscrites nos politiques publiques. Oui, bien sûr, il faut du sérieux budgétaire. Mais cela ne répond pas à la question de la nécessaire relance. La hausse du SMIC n’a pas été suffisante.  Il ne faut pas attendre la relance pour augmenter les salaires, mais plutôt augmenter les salaires pour permettre la relance ! SMIC, retraites, minimas sociaux, allocation d’autonomie pour les jeunes : l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés, c’est la condition du « redressement dans la justice ».  

Et maintenant l’Europe sociale ?

Le vote du traité ne va pas éteindre le débat sur la rigueur et l’austérité. Tous les socialistes s’accordent à dire que François Hollande a permis que s’ouvre enfin le débat sur la relance en Europe. Mais, nous savons que, pour les libéraux, la relance passe par une plus grande flexibilité du travail, de nouveaux reculs sociaux. Ce n’est pas la vision socialiste de la relance. Quant au volet relance prévu en accompagnement du traité, chacun sait que c’est un premier pas mais bien insuffisant : seulement 0,9% du PIB de l’UE ! Et sur les 120 milliards prévus, il y en a 60 qui ne sont qu’une réaffectation de fonds européens déjà existants.

Ce qui domine dans ce traité, comme dans toute la politique qu’imposent les conservateurs à l’Union européenne, c’est la question de la rigueur budgétaire. Nous ne sommes pas d’accord ! La dette publique  n’est pas à l’origine de la crise ! Elle n’en est que la conséquence ! « L’Espagne et l’Irlande subissent aujourd’hui les attaques des marchés financiers alors que ces pays ont toujours respecté les critères de Maastricht. La montée des déficits publics est une conséquence de la chute des recettes due aux cadeaux fiscaux faits aux plus riches et de l’aide publique apportée aux banques commerciales (…). La crise s’explique également par l’absence totale de régulation du crédit et des flux de capitaux. Elle est entretenue par la Banque centrale européenne (BCE) qui appuie sans conditions les banques privées, et exige à présent une « stricte conditionnalité » d’austérité des États lorsqu’il s’agit de jouer le rôle de « prêteur en dernier ressort ». En outre, cette crise est aggravée par le dumping fiscal intra-européen et l’interdiction qui est faite à la BCE de prêter directement aux États pour des dépenses d’avenir, au contraire des autres banques centrales. Enfin, la crise est renforcée par l’extrême faiblesse du budget européen ». (*)

Nous sommes tous profondément européens. Le problème, c’est qu’après chaque traité, on nous dit : après, après, ce sera le tour de l’Europe sociale ! Vite, vite réunissons une convention nationale afin de définir notre orientation pour les élections européennes de 2014, pour aller enfin vers des convergences sociales, des convergences fiscales !

Un État stratège, des pouvoirs publics forts 

Alors que l’investissement privé n’est pas au rendez-vous, il faut maintenir un haut niveau d’investissement public. Cela pose la question du rôle de l’État dans la politique économique. Nous prônons un État stratège, avec une volonté industrielle. Il ne faut pas s’interdire l’introduction de capital public pour protéger des secteurs d’activité essentiels, voire des nationalisations. Les Régions doivent aussi participer à cet effort de relance. La Banque publique d’investissement sera  un premier pas. Mais il faut qu’elle soit sérieusement dotée. Or le lobby bancaire pèse de tout son poids. On parlait d’une capacité de 100 milliards pour la BPI, qu’en est-il aujourd’hui ? Par ailleurs, pourrons-nous accepter de nouvelles baisses des dotations de l’État aux collectivités territoriales ?

Rénovation du PS, rassemblement de la gauche, lien avec les mouvements sociaux

Notre Parti doit poursuivre sa rénovation. Cela nécessite de respecter les engagements pris en matière de non-cumul des mandats. Nous devons poursuivre nos efforts en termes de parité, et veiller à la diversité sociale et d’origine. Ce qui n’est pas encore, hélas, suffisamment le cas. Tout en menant cette rénovation, nous devons aussi travailler inlassablement au rassemblement de la gauche. Cela sera, comme toujours, indispensable lors des élections municipales de 2014. Nous devons aussi veiller, alors que nous sommes majoritaires dans la plupart des institutions, à garder « les pieds sur terre ». Nous devons rester un parti militant, en lien avec le mouvement social, les associations et les syndicats. Nous ne devons pas être un simple haut-parleur de la politique gouvernementale. Nous devons aussi relayer ce qui se passe sur le terrain, et construire le rapport de force social sur lequel notre gouvernement pourra s’appuyer face aux pressions des nantis ! Avec une volonté maintenue : changer durablement la société avec au premier plan l’objectif de la redistribution des richesses qui reste la mission historique des socialistes que nous sommes. Tout ceci, évidemment, dans un contexte de crise écologique : il y a la sortie du nucléaire, la fin de la dépendance au pétrole, mais aussi une action énergique à mener sur la relocalisation de la production. La relocalisation c’est à la fois une lutte environnementale et une lutte en faveur de l’emploi local.

Le rassemblement, l’unité des socialistes doivent être notre objectif. Mais nous ne les confondons pas avec la pensée unique. Nous en sommes à la phase des débats, des motions. La synthèse, c’est à l’issue de cette phase des motions. Au Congrès, à Toulouse, pas avant ! L’heure est maintenant au choix des militants ! Pour la motion 3, Il s’agit d’appuyer l’action du gouvernement face au monde de la finance et à ces grandes multinationales comme SANOFI, Mittal, TOTAL, qui pillent nos richesses, nos emplois, notre environnement. Que chacun choisisse en toute conscience ce qu’il pense être la meilleure orientation pour les socialistes dans cette situation de crise durable du capitalisme !

Sans hésitation, votez pour la motion 3 !

 (*)Appel de 120 économistes


Un commentaire »

  1. Le Grill dit :

    Ton intervention était remarquable et bien structurée.
    Sur le pb des 3%,aujourd’hui 09.10.2012 le FMI estime que Paris ne pourra atteindre ses objectifs en terme de réduction de déficits « et que l’attention devrait se porter sur des objectifs budgétaires STRUCTURELS plutot que sur des objectifs nominaux,susceptibles eux d’etre affectés par la situation économique.Et ce le jour m ou l’assemblée a voté ce p.. de TSCG,le FMI confirme ce que nous disons depuis des semaines!!!!!!!!!!

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