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Une charte inutile que nous ne voterons pas

Écrit le 27 novembre 2014 par Éric Thouzeau

PS états-générauxLes militants socialistes sont appelés à se prononcer le 3 décembre sur un projet de charte. Je reproduis ici le texte que j’ai signé avec plusieurs membres du Bureau fédéral du PS44 indiquant que nous ne voterons pas ce texte. Ce texte sera envoyé par la fédération aux militants (par mail).

Insuffisante face aux enjeux du 21ème siècle

                                      Une charte inutile que nous ne voterons pas

De nombreux militants socialistes ont participé à la préparation des États Généraux du Parti Socialiste qui se clôtureront le 6 décembre. Plus de 5600 contributions ont été déposées (nous-mêmes en avons déposé une au nom du collectif Vive la Gauche 44). Pourtant, le projet de « Charte des socialistes pour le progrès humain » est totalement atemporel. Et c’est bien là la critique principale qu’on peut lui faire. Des socialistes sont au gouvernement, et ce texte ne mentionne aucun des débats qui ont lieu parmi nous sur la politique « pro-business » du gouvernement, comme Manuel Valls la qualifie lui-même. Le titre initialement proposé pour cette charte était : « Pour un nouveau progressisme ». Le Bureau national l’a repoussé tant cela faisait allusion à la volonté de Manuel Valls d’abandonner le terme de socialisme.

Des généralités, on en trouve à la pelle dans cette charte : « l’individu ne doit pas être solitaire, il doit être solidaire » ou bien « L’État-providence est la plus grande conquête réalisée en faveur du développement humain ». Ou encore : « Nous travaillons à rendre l’économie fonctionnelle ». Et aussi: « Nous agissons dans le respect des droits de l’Homme dans le cadre des Nations Unies ». Encore une : « Les  salariés doivent avoir voix au chapitre dans l’entreprise » (le Medef n’a vraiment aucune inquiétude à se faire devant aussi peu d’audace !). Et cerise sur le gâteau : « Des classes sociales diffuses n’empêchent pas que les rapports de classes perdurent » (comprenne qui pourra !).

En ce qui concerne la crise de la citoyenneté que nous connaissons, ce n’est pas avec ces autres généralités que nous allons la résoudre : « Nous voulons la République toujours recommencée » et « Nous voulons la démocratie accomplie ». Il s’agit de « renouer avec l’esprit public », de « rendre la démocratie plus représentative »,  d’avoir « des institutions plus rééquilibrées »

Il est certes écrit que « nous voulons une taxation des transactions financières de haut niveau » mais c’est pourtant le gouvernement français qui, au niveau européen, se bat pour qu’elle soit le plus bas possible (à la demande du secteur bancaire français). Pas très crédible donc. Le projet de charte parle aussi, autre exemple, du « combat historique des socialistes pour l’extension du temps libre » au moment où Emmanuel Macron propose l’ouverture des magasins douze dimanches par an.

Si le progrès a toujours été conçu par les socialistes dans une visée émancipatrice (individuelle et collective),  le progrès entendu comme technologique ne peut en revanche pas être présenté comme la solution à tous les problèmes. L’innovation technique et scientifique  ne peut pas être l’alpha et l’oméga du progrès comme on l’a trop pensé au 20ème siècle. Aujourd’hui, des innovations sociales, valorisant les usages et le partage, la collaboration, sont en fort développement. Un nouveau modèle de développement (qui replace l’humain au centre du système économique, social et démocratique, qui reparle de la baisse  du temps de travail laissant du temps pour l’engagement et le collectif, qui favorise des modes de vie plus respectueux des personnes et des ressources naturelles et une société plus égalitaire et bienveillante à l’égard des plus démunis…) apparaît vraiment trop peu dans cette charte.

Nous ne voterons donc pas cette charte. Comment en effet avaliser un texte qui correspond aussi peu aux questions débattues actuellement dans notre pays ?

Les militants n’ont pas le droit de déposer des amendements au projet de charte. C’est au Congrès de juin 2015 qu’aura enfin lieu le vrai débat au sein du Parti. Car à ce moment là, les militants pourront dire si la politique menée en leur nom est la bonne ou s’il faut au plus vite la réorienter. C’est le seul débat qui compte aujourd’hui !

Olivier Ardoin, Hervé Braire, Vincent Grenier, Emilie Mottier, Sophie de Saint Amour, Eric Thouzeau (membres du bureau fédéral du PS44)


Un commentaire »

  1. Sylvain Phlipponneau dit :

    Une charte inutile, mais aussi nuisible : la négation même d’une République Sociale;!

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