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Une exigence intellectuelle nullement affadie

Écrit le 11 octobre 2017 par Éric Thouzeau

Si l’on en croit Presse-Océan (11/10/17), Johanna Rolland aurait déclaré à propos du Parti socialiste : « Les logiques de courant ont affadi l’exigence intellectuelle ». Ce propos me surprend. A-t-il été vraiment tenu ? Il correspond malheureusement à une petite musique que l’on entend chez ceux que l’on appelle au PS  les hollandais. Celles et ceux qui ont soutenu jusqu’au bout les orientations de François Hollande durant son septennat expliquent l’échec du président sortant par l’existence des courants au sein du PS. 

Toute l’histoire du socialisme français est pourtant faite du débat entre différentes familles de pensée de la gauche. La première unification du socialisme eut lieu avec la création de la section française de l’internationale ouvrière (SFIO) en 1905, fusion de nombreux courants se réclamant du socialisme. Nul évidemment ne peut dire que les débats Jaurès-Guesde étaient affadissants intellectuellement.

Plus près de nous, la création du nouveau Parti socialiste au congrès d’Epinay a vu converger des courants là aussi aux histoires différentes et à la doctrine parfois fort éloignée. Les débats entre Mitterrand, Rocard, Chevènement et Poperen n’ont en rien affadi l’exigence intellectuelle des socialistes de l’époque.

Plus récemment encore, le débat sur le traité constitutionnel européen (TCE) a été nourrissant intellectuellement, en tous les cas pour celles et ceux qui ont fait l’effort de lire, de  se former, de débattre  en confrontant  arguments et contre arguments sur la dérive libérale de  la construction européenne.

Lorsque début 2014, François Hollande a ouvertement fait référence aux théories libérales (et fort contestées) de Jean-Baptiste Say en déclarant : « l’offre crée la demande », il nous a fallu débattre des raisons de l’emprise de l’idéologie néo-libérale sur une grande partie de la social-démocratie européenne. Le PS français avait jusqu’à présent plus résisté que ses homologues (on se rappelle que Jospin avait refusé de se rallier à la ligne Blair-Schröder). La digue venait de sauter en France.

Membre de différents courants de la gauche du Parti socialiste depuis 23 ans, je n’ai pas vraiment l’impression que ces regroupements aient affadi intellectuellement ceux qui en ont fait partie. Analyser les évolutions du capitalisme contemporain est tous les jours indispensable. La relecture du Capital ne peut suffire. Quand on analyse, par exemple, ce montage bien spécifique que sont les partenariats public-privé, c’est à partir d’exemples concrets (en Grande-Bretagne notamment). Et ce bilan est négatif pour la collectivité. Cela nous amène alors à traiter de la question de la difficulté pour une collectivité de gauche de conserver le contrôle de son action face aux appétits des grands groupes du privé.

Un mouvement de va-et-vient permanent entre théorie et pratique est alors indispensable, une praxis qui pour reprendre les termes de Gramsci  est la pratique qui se reconnaît elle-même par la théorie qui découle de son action. Cette pratique pouvant être celles de syndicalistes dans les luttes ou d’un élu dans la gestion d’une collectivité. Mais pour celles et ceux qui se réfèrent à la pensée socialiste avec une certitude : le capitalisme n’est pas l’horizon indépassable de l’humanité.

Autre exemple, l’intégration de l’exigence écologique par la gauche. Elle a nécessité un effort intellectuel pour lier question sociale et question environnementale, du même type de ce qui avait été fait dans les années 70 du 20ème siècle pour intégrer les analyses portées à juste titre  par le féminisme

Malheureusement, il est vrai qu’au moins depuis une bonne dizaine d’années le débat apparaît peu fécond au sein du bloc socialiste majoritaire. Beaucoup trop de motions ont alors été écrites avec pour seul but de conserver la direction du PS. Ce n’est donc pas « la logique des courants qui a affadi l’exigence intellectuelle », mais bien la pratique de certains courants qui pouvaient voter des textes marqués à gauche mais pour mener aussitôt une politique marquée à droite. Guy Mollet a amené la SFIO à sa perte avec ce genre d’exercice.


Un commentaire »

  1. Charif dit :

    Si je pense que nous courons vers l’échec avec les orientations politiques décidées que je refuse,je suis content de faire parti des fades. Les courants font parti du PS nous devons nous y résoudre une fois pour toutes sinon nous courons droit vers le suicide

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